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Combien vous coûte réellement un essayage long qui se termine sans aucune vente ?
Tout le monde sait qu’un essayage sans vente coûte du temps. Presque personne ne sait combien, parce que le coût se répartit sur quatre postes différents dont trois n’apparaissent jamais le jour même. Voici la méthode pour le chiffrer avec vos propres nombres, sans moyenne de secteur ni pourcentage inventé.
Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .
Un essayage long qui se termine sans sac vous coûte sur cinq postes, et un seul se voit le jour même. Le temps de cabine, la pièce qui ne repart pas en rayon au même prix, le stock immobilisé par les combinaisons mal servies, la démarque consentie six mois plus tard, et la cliente qui ne revient pas.
Le montant total ne se lit dans aucune moyenne de secteur, parce qu’il dépend de trois valeurs qui n’appartiennent qu’à votre boutique. Additionner les cinq postes avec vos propres nombres prend une soirée, et le résultat surprend presque toujours par le poids du dernier.
Voici le calcul poste par poste, puis la feuille à tenir pendant un trimestre pour cesser d’arbitrer à l’intuition.
Pourquoi un chiffrage maison vaut mieux qu’une moyenne du secteur
Les trois nombres que vous seule possédez
Le premier est le coût horaire chargé de votre poste de vente: salaire brut, cotisations patronales et, si vous êtes seule en boutique, la rémunération que vous vous versez. Le deuxième est le prix d’achat moyen hors taxes des pièces que vous sortez en cabine, calculé sur vos factures fournisseurs et non sur vos étiquettes.
Le troisième est la durée réelle d’un essayage complet, du bonjour à la remise en rayon de la dernière pièce. Aucune source extérieure ne peut vous les donner, et aucune des trois ne se devine.
Ce qu’il ne faut surtout pas estimer au jugé
La durée est la valeur la plus mal estimée par les conseillères expérimentées, toujours dans le même sens: à la baisse. Trois semaines de relevé suffisent pour la connaître, avec une simple feuille en réserve et deux colonnes, heure d’entrée en cabine et heure de retour du dernier cintre.
Ne relevez que les séances sans vente, celles qui vous intéressent. Douze à quinze séances suffisent à donner une moyenne stable pour votre boutique.
Premier poste: le temps de cabine et la remise en état
Le temps d’accueil, d’essayage et de conseil
Ce temps se décompose en trois blocs distincts, et les chronométrer séparément change la lecture. L’accueil et le diagnostic, les allers retours vers la réserve, puis la cabine proprement dite avec les contrôles de bande, d’armature et de bonnet.
Le bloc des allers retours est celui qui gonfle sans que personne le remarque. Il croît proportionnellement au nombre de modèles sortis, et il double dès que la réserve est à l’étage.
Le temps invisible de repliage et de remise en rayon
Le troisième bloc échappe à toutes les estimations spontanées, parce qu’il se produit après le départ de la cliente, souvent entre deux autres tâches. Chaque pièce essayée doit être vérifiée, repliée, remise sur son cintre, reclassée par taille et remontée en rayon.
La conversion en euros est simple: la durée totale des trois blocs, divisée par soixante et multipliée par votre coût horaire chargé. C’est le seul poste que vous connaîtrez avec certitude, et c’est presque toujours le plus petit des cinq.
Deuxième poste: la pièce essayée qui ne se revend plus au même prix
Ce qui se remet en rayon et ce qui ne s’y remet pas
Une pièce essayée sur un sous vêtement, manipulée avec soin et remise sur cintre dans la minute, retourne en rayon sans perte. Le poste ne commence qu’au delà.
Il commence avec les pièces qui ont perdu leur fraîcheur: dentelle froissée par plusieurs essayages successifs, bretelles étirées par des réglages répétés, étiquette de composition cornée, boîte d’origine abîmée pour les modèles vendus emballés. Elles se vendent encore, mais plus au même prix.
La différence entre une pièce essayée et une pièce salie
Une trace de fond de teint sur un bonnet clair, un cheveu collé par un produit coiffant, une odeur de parfum installée dans une mousse: ces pièces sortent définitivement de la vente au prix plein, et parfois de la vente tout court.
Comptez le nombre de pièces concernées sur un mois, multipliez par leur prix d’achat, et rapportez le tout au nombre d’essayages sans vente de la période. Le rapprochement avec les échanges est utile ici: une boutique n’est pas tenue de reprendre un article acheté et emporté en magasin, alors qu’une pièce simplement essayée en cabine reste entièrement à sa charge.
Troisième poste: le stock immobilisé par les tailles rares
Le calcul de l’argent qui dort par combinaison de taille
Le calcul se fait par combinaison de tour de dos et de bonnet, jamais par modèle. Pour chacune, additionnez le prix d’achat hors taxes des pièces présentes en réserve, puis inscrivez en regard le nombre de mois écoulés depuis la réception la plus ancienne.
Vous obtenez une liste courte de combinaisons qui portent l’essentiel de l’argent immobilisé. Dans la plupart des boutiques de corsetterie, ce ne sont pas les combinaisons rares qui dorment, ce sont les combinaisons moyennes achetées en profondeur par habitude.
La durée de rotation, seul indicateur qui compte
La marge affichée sur une référence ne dit rien tant qu’elle n’est pas rapportée au temps. Une pièce à forte marge qui met dix huit mois à sortir rapporte moins qu’une pièce à marge moyenne qui sort en deux mois, et elle occupe un tiroir pendant ce temps.
Le lien avec le premier poste est direct: une plage de tailles mal servie produit à la fois des cabines infructueuses et des références qui ne tournent pas. Les deux symptômes ont la même cause, une commande passée sans données d’essayage.
Quatrième poste: la démarque de soldes, coût différé de l’erreur d’achat
Ce que la démarque révèle des commandes de la saison passée
La remise consentie en juillet ou en janvier n’est pas un geste commercial, c’est le prix payé pour une décision d’achat prise six mois plus tôt. Chaque ligne démarquée correspond à une combinaison que vous avez achetée et que votre clientèle n’a pas demandée.
Relisez vos états de démarque avec cette grille et vous verrez apparaître les mêmes tours de dos et les mêmes bonnets d’une saison sur l’autre. C’est cette liste qui doit partir au showroom, comme le rappellent les vérifications de réserve à mener avant un rendez vous de commandes.
La dépréciation comptable du stock ancien
Le second regard chiffré vient de la comptabilité. L’article L. 123-12 du code de commerce, disponible sur Legifrance, le service public de diffusion du droit, impose de contrôler par inventaire l’existence et la valeur des éléments d’actif au moins une fois tous les douze mois.
Le plan comptable général va plus loin: lorsque la valeur actuelle d’un stock devient inférieure à sa valeur d’entrée, une dépréciation doit être constatée. Autrement dit, votre expert comptable chiffre déjà chaque année une partie de ce poste, et cette information vous revient sans effort supplémentaire.
Cinquième poste: la cliente qui ne revient pas
Ce que vaut une cliente conseillée sur plusieurs années
Ce poste se calcule avec trois nombres tirés de votre propre encaissement: le panier moyen constaté sur votre fichier, le nombre de visites annuelles d’une cliente suivie, et le nombre d’années pendant lesquelles vos clientes fidèles reviennent réellement. Ce dernier chiffre se lit dans votre historique, il ne s’estime pas.
Le produit des trois donne la valeur d’une relation, pas d’une vente. Comparez le à la marge d’un seul soutien gorge et l’arbitrage change de nature.
Pourquoi ce poste ne se devine pas, il se compte
Une cliente ne prévient jamais qu’elle ne reviendra plus. Elle disparaît, et son absence ne produit aucune ligne dans votre caisse, ce qui la rend invisible exactement là où elle coûte le plus cher.
Le seul moyen de la voir est de tenir la liste des essayages sans vente et de vérifier, six mois plus tard, lesquelles de ces femmes sont revenues. Les erreurs de cabine qui font repartir une cliente fidèle sans achat se lisent presque toutes dans ce relevé.
La feuille de calcul à tenir pendant trois mois
Les cinq colonnes à remplir après chaque essayage sans vente
Cinq colonnes, moins d’une minute de saisie, remplies avant que la cliente ait tourné le coin de la rue.
| Colonne | Ce que vous notez | Ce qu’elle sert à calculer |
|---|---|---|
| Durée totale | Entrée en cabine et retour du dernier cintre | Le premier poste, en euros de temps de vente |
| Pièces sorties | Nombre de modèles et état au retour | Le deuxième poste et le rythme des allers retours |
| Motif de refus | Bande, armature, profondeur de bonnet, matière | La correction à apporter au diagnostic |
| Combinaison manquante | Tour de dos et bonnet cherchés sans succès | Le trou de gamme à porter au showroom |
| Suite donnée | Commande spéciale, rappel prévu, aucune suite | Le cinquième poste, six mois plus tard |
La lecture à faire au bout d’un trimestre
Au bout de trois mois, la lecture se fait dans un ordre précis, et elle prend une heure.
- Comptez les combinaisons de taille qui reviennent trois fois ou plus dans la colonne des manquantes: ce sont vos décisions d’achat prioritaires.
- Additionnez les durées et convertissez les en euros: vous obtenez le coût du premier poste sur le trimestre.
- Vérifiez combien de clientes de la colonne des suites données sont revenues: la différence chiffre le poste le plus lourd.
- Comparez ce total au montant que vous auriez engagé pour combler les trous de gamme repérés.
Cette dernière comparaison est celle qui tranche. Elle dit si votre problème est un problème d’assortiment, un problème d’organisation de cabine, ou les deux.
Ce que le chiffrage change dans vos décisions
Un essayage sans vente cesse d’être une déception quand il devient une donnée. Les quatre premiers postes se calculent avec des nombres que vous détenez déjà, le cinquième se compte en suivant vos clientes sur deux saisons, et la somme des cinq justifie ou non un changement d’assortiment.
Le chiffrage suppose seulement que la trace existe. C’est ce que Corselia enregistre à chaque passage en cabine, durée, pièces essayées, motifs de refus et combinaisons introuvables, avec le tableau mensuel du nombre d’essayages par vente. La même matière alimente votre préparation des échéances de l’année, showrooms, soldes et inventaire.
Pour chiffrer vos propres essayages sans vente sur un trimestre réel, demandez une démonstration de Corselia avec vos marques et vos combinaisons de taille.
La même méthode, tenue cabine après cabine
Corselia reprend ce que décrit cet article et le tient à votre place : le profil d’ajustement, la plage de tailles probable marque par marque, les essayages validés et refusés, la réserve classée par morphologie réellement servie.
L’auteur de ce magazine
Jimenez Julien
Jimenez Julien conçoit Corselia, le logiciel d’ajustement des boutiques de lingerie et de corseterie indépendantes françaises. Il a passé des mois en cabine et en réserve, à compter les modèles décrochés du portant pour une seule vente et à relever ce que les conseillères gardaient en mémoire faute de fiche partagée.
À lire aussi
Trois autres pages de La Fiche d’ajustement
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Quelles erreurs de cabine font repartir une cliente fidèle sans aucun achat ?
Une cliente qui repart les mains vides ne vient pas vous expliquer pourquoi.
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Que vérifier en réserve avant de partir passer vos commandes en showroom ?
Vous partez une journée entière chez un agent ou dans un showroom, vous signez pour la saison prochaine, et vous engagez votre trésorerie sur des tailles que vous ne verrez livrées que des mois plus tard.
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À quelles échéances une boutique de lingerie doit-elle penser mois après mois ?
Les soldes tombent quand la réserve est encore pleine des fêtes, les commandes de la saison suivante se signent quand la trésorerie est la plus basse, et l’inventaire arrive juste avant Noël.